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PAROLES DE PAIX
de H.Runham Brown
suivi d'un texte de Hem Day




Si vis pacem para pacem !

Quel besoin de ressortir des cartons les textes oubliés d’auteurs morts et parlant d’un mouvement peu prisé par les médias ? Peut-être que le monde, tel qu’il est, suscite tant de révolte qu’il est naturel de se méfier de l’Histoire officielle qui tend à le promouvoir. Peut-être que les oubliés de l’Histoire avaient parfois raison, et la mémoire des vaincus semble bien plus respectable que celle des assassins qui ont assuré la continuité d’un monde de crimes et de sang.

L’offensive américaine en Irak s’est accompagnée du flot habituel de propagande qui justifie les guerres. Et pourtant, dans le monde entier, des millions d’individus sont descendus dans la rue pour protester contre l’envoi de bombes sur des civils, contre l’emploi de la violence, une fois de plus, dans ce monde où la guerre depuis 1945 a tué autant d’êtres humains que le second conflit mondial. Nous voulons voir dans cet élan, le meilleur de ce qu’il peut y avoir dans l’homme et ce que nous voulons promouvoir en lui.

Mais la guerre a eu lieu et les gens sont rentrés chez eux, résignés, une fois de plus. Nous ne pouvons nous en satisfaire. Le manque d’analyse critique sur le phénomène de la violence, la méconnaissance et le mépris des pratiques non-violentes, l’absence de perspectives, sont autant de causes qui expliquent cette résignation. Endoloris dans le quotidien, les hommes sont spectateurs des massacres, ils se rebiffent par moment, puis s’en retournent dans leur morbide torpeur.

Résister à la guerre n’est pas un simple élan du cœur, ce doit être l’attitude rationnelle de ceux qui ont clairement analysé la situation et qui cherchent un devenir meilleur. Car dans le domaine de la non-violence, comme dans beaucoup d’autres, les tenants du pouvoir ont mis en avant des modèles édulcorés qui leur conviennent.

Le pouvoir est mal à l’aise avec la non-violence et pour cause : le pouvoir c’est le monopole de la violence. Une fois tous les subterfuges épuisés, quand les manipulations, la corruption, les stratagèmes ont échoué, quel que soit le régime, dictatorial ou démocratique, en premier lieu ou en ultime recours, le pouvoir n’existe que par la capacité que peuvent avoir les dirigeants d’imposer leur vue, par la violence. L’Etat est violence et lorsqu’il affirme : « la guerre, c’est la poursuite de la politique par d’autres moyens », Clausewitz ne fait que rappeler cette vérité première.

Ainsi combattre la violence, c’est combattre l’Etat ; et combattre l’Etat c’est refuser la violence. En publiant ces deux textes de Hem Day et Runham Brown, nous faisons acte militant pour une pensée non violente et un mouvement révolutionnaire conséquents, pour l’internationale des travailleurs 1 et pour cette autre internationale 2, complémentaire, celle des résistants à la guerre, pour laquelle ces deux hommes ont largement œuvré Dans son texte, Hem Day retrace la vie de Runham Brown et de l’Internationale des Résistants à la Guerre. Il nous fait découvrir un homme atypique qui lui inspire un profond respect tout en nous délectant de sa pensée claire et sans concession. Né en 1902, Mathieu Dieu, dit Hem Day (ça sonne mieux pour un anarchiste), est une figure emblématique du mouvement libertaire international. Membre du « Comité International de Défense Anarchiste » de 1926 à 1939, il est, avec Léo Campion, poursuivi par le gouvernement belge pour avoir renvoyé son livret militaire et refusé de suivre les entraînements obligatoires. Leur bras de fer débouche sur un projet de statut d’objecteur de conscience mis en chantier en 1933 (abandonné avec la guerre et qui n’aboutira qu’en 1964). Membre de l’Internationale des Résistants à la Guerre, Hem Day est profondément marqué par la période de « l’entre deux guerres » et ses champs de batailles jonchés de cadavres libertaires. Il développe une pensée qui démontre que la violence génère l’Etat et milite pour que le mouvement libertaire en prenne conscience 3. Il démystifie « le romantisme de la violence » trop souvent répandu dans les milieux révolutionnaires et prône l’action directe dans les usines via la grève, le sabotage, le boycott plutôt que les barricades. Conséquent, le pacifiste, l’anarchiste, est aussi espérantiste comme l’ami à qui il rend hommage.

Personne mieux que lui, ne pouvait présenter Runham Brown. Cette brochure aujourd’hui introuvable est paru dans les années cinquante. Comme Camus, qui – 2 jours après Hiroshima, un jour avant Nagazaki – à contre courant des « Hourras » de l’époque, déclarait : « Le monde est ce qu’il est, c’est à dire peu de chose (…) La civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques. Il y a quelque indécence à célébrer ainsi une découverte, qui se met d’abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l’homme ait fait preuve depuis des siècles (…) Voici qu’une angoisse nouvelle nous est proposée qui a toutes les chances d’être définitive » 4, Hem Day insiste sur le caractère incontournable d’une réflexion sur la violence pour l’humanité en général et pour ceux qui veulent changer le monde en particulier. Comment espérer battre militairement des armées équipées de la sorte ? Il souligne aussi que Runham Brown, comme lui, ne peuvent concevoir la résistance à la guerre sans constater que pour résoudre ce problème définitivement, un changement de société est indispensable. Et le changement qu’ils appellent de leurs vœux n’est pas un quelconque réformisme, c’est un changement révolutionnaire. Trop souvent, la mystique guerrière nous laisse confondre non-violence et modérantisme, la non-violence, affichée ici, est radicale. Comment abattre un régime sans le recours aux armes ? Mais comment espérer construire une société libre en renforçant les armées ? Ce ne sont ni les chars, ni les mitraillettes qui eurent raison du totalitarisme russe et ce sont des pioches, et non des bazookas, qui démolirent le mur de Berlin.

Le texte de Runham Brown, édité, comme le premier, par « l’Internationale des Résistants à la Guerre », fait figure de manifeste. Ecrit en 1930, ce texte marque par sa modernité, la vivacité de la pensée de Brown et son absence absolu de dogmatisme. Loin de l’éternelle image du pacifiste doux rêveur, c’est le texte d’un militant résolu et ancré dans la réalité. Bien sûr, il n’est pas exempt de reproche, comme tout œuvre humaine ; sans doute aurons-nous raison de reprocher à Brown de garder encore un peu d’espoir à voir des hommes politiques prendre des positions courageuses ; reste que ce texte ouvre des pistes de réflexion à des formes de luttes non-violentes là où notre pensée penche trop souvent vers la violence. Il est aussi d’un intérêt historique certain, car le secrétaire général de l’IRW nous décrit son organisation de son origine à 1930.

Eradiquer la violence est une tâche de longue haleine, mais un sujet incontournable. Longtemps encore, l’homme sera contraint de se défendre et il est difficile d’imaginer les tenants des privilèges abandonner la partie sans recourir à ce moyen qu’ils affectionnent.
Mais s’il faut se défendre, il est indispensable de connaître tous les dangers et toutes les dérives de l’action violente, pour se rapprocher de l’avertissement d’un Malatesta devant la montée du fascisme italien : « Nous considérons que la violence est une nécessité et un devoir pour la défense, mais pour la seule défense (…) Mais notre violence doit être résistance d’hommes contre des brutes et non lutte féroce de bêtes contre des bêtes. Toute la violence nécessaire pour vaincre, mais rien de plus ni de pis »5.

La rédaction du Temps perdu.

 

1 L’association Internationale des Travailleurs (AIT-IWA) est la continuité de la première internationale, elle s’est « recréée » en 1922 à Berlin, son siège est actuellement à OSLO (secretariado@iwa-ait.org, Postboks 1977 Vika 0121 Oslo NORWAY)  sa section française est la Confédération Nationale du Travail (AIT), CNT-AIT 36, 34 Espace Pierre Mendès-France, 36000 Châteauroux E-mail : cnt36@wanadoo.fr

2 L’Internationale des Résistants à la Guerre (WRI), son siège est à Londres (wri-irg.org, 5 Caledonian Road, London N1 9DX, Britain). Sa section française est l’Union Pacifiste de France (UPF), BP 196, 75624 Paris cedex 13. Un certain nombre de groupes y sont affiliés tel le Collectif des Objectrices et Objecteurs Tarnais (COT), La Mouvement de l’Objection de Conscience (MOC), le Mouvement International de la Réconciliation (MIR), le Mouvement pour une Alternative Non-violente (MAN), le Réseau d’information aux Réfractaires (RIRe, revue affiliée).

3 A ce propos, il est très utile de lire et relire l’excellente brochure « Anarchisme et Non-violence » réédité par l’Union Anarchiste, aux éditions du « libertaire ».

4 « Le monde est ce qu’il est », éditorial de Combat, Albert CAMUS, 8 août 1945.

5 Le Réveil, N°602.